Conjugaison du verbe « tomber » au passé décomposé.

April 24, 2015

 

Slam réalisé dans le cadre de l’appel à projet lancé par « Les Uchroniques » : 9 Novembre 1989 : le mur de Berlin n’est pas tombé . Imaginez, écrivez voitre temoignage de ce nouveau monde."

 

 

 

09/11/1999    

 

 

Après les émeutes dues à la construction du 2ème mur de la honte d’Europe, le 15 Octobre 99 à Barcelone, les militants d’un groupe de rebelles appelé « le dernier artiste » ont décidé d’organiser une grande fête intitulée « Peace of me». Durant le discours d’inauguration, avant même de prononcer le premier mot,  leur leader, « S » fut abattu d’une balle en plein cœur par une milice communiste. Son discours a été retrouvé. Le voici tel qu’il aurait dû être dit.

 

 

Je suis tombé, moi artiste, politiquement juste incorrect, correct dans la secte qui voit un gourou dans le contre pouvoir et le pouvoir dans l’insecte qui prétend être au-dessus des lois, au dessus de moi, au dessus des émois, de ces fous qui s’aident et s’entraident pour ne former qu’un corps, une foule sentimentale qui croit à l’anarchie et voit dans la patrie un choix que nous avons tous pris et un acte qui n’arrive pas : vivre heureux. Je suis tombé moi artiste à l’imagination chronique au mal-être permanent au malaise pensant, qui regarde de sa fenêtre le monde sombrer dans le chaos, fait du pluriel du mal des mots, fait d’un mot un jeu, d’un jeu une vérité, d’une vérité un mensonge et d’un mensonge une œuvre sincère, une partie de moi austère que je vous vendrai au creux d’un film d’une photo ou d’une page d’une passe philosophiquement pas très sage et pendant un court passage vous oublierez votre vie, vos remords vos envies d’avoir tort, vous serez mon pantin je serai votre Dieu et tout ira bien jusqu’au générique de fin. Je suis tombé moi artiste dont le seul but était d’être une caverne et de vous montrer que le mensonge est un songe bien plus sincère que la vérité, que vivre s’est mourir et rêver s’est s’enfuir, car je pense donc je suis, mais moi je rêve donc je crée pour te faire penser, et donc te faire exister dans ta réalité où tu trouveras ta vérité dans ta propre allégorie platonique…Moi qui en te montrant mon monde je faisais exister le tien…je suis tombé car lui ne l’a pas été.

 

Tu es tombé toi, quidam de la vie passant de l’univers qui enchaine le rythme ternaire métro boulot dodo dans un laps d’instant éphémère pour un but de misère : vivre heureux.  Toi qui damné pour la vie subis l’oppression permanente d’un mal-être ambiant, qui subis la pression impressionnante de la dictature de l’autre, de l’effet papillon moderne qui fait qu’une balle perdue à l’autre bout du monde est retrouvée dans la tête de ton voisin, toi qui regardes l’Histoire, histoire d’en tirer des conséquences et vois les plus grands n’en tirer que des idées, ne faire que mettre en abîme les erreurs du passé un cercle infini, le bien trop réel tourbillon de la vie : guerre, paix, crise, dictature, guerre…Toi qui penses encore que l’union fait la force et que la lutte est l’amorce d’une poudre à canon qui fera sauter les remparts entre dirigeants avides de pouvoir et dirigés qui ne souhaitent juste qu’ils soient bien gérés, toi qui t’es tatoué les mots « bonheur » et « liberté » pour ne pas les oublier et en guise de pense-bête, ton fils, ta fille, en pensant bêtement que le monde sera mieux pour tes enfants, enfin, pas pour le moment ni demain ni maintenant un jour peut-être, ou peut-être pas, mais ça tu le sais déjà. Tu es tombé toi, grain de sable simpliste qui s’immisce en milice dans les rouages d’une horloge planétaire qui se meurt, et tente de la dérégler pour la remettre à la bonne heure, une heure guettée une heure de vert et d’espoir qu’un jour le pouvoir appartienne à ceux qui s’élèvent des ghettos et qui méritent de vivre autant que ceux qui dirigent et infligent un droit de vie et de mort à ceux qui les ont élus en souffrant universellement et directement. Tu es tombé toi qui aides la richesse à exister et les aides à te rendre plus pauvre, toi qui vis dans le paradoxe de servir un souverain qui sert la main de ton ennemi, toi qui subis, qui sur ton lit pries, c’est tout ce que tu peux faire car le jeu est lancé et les dés sont pipés : c’est celui qui dit qui est, celui qui gouverne ment et dicte l’acteur qui créera la prochaine crise de rire. Tu es tombé de t’être battu pour qu’il tombe…Mais il ne l’a pas été.

 

Il n’est pas tombé ce couloir de ciment, ce mur de la mort ce béton de la honte qui à coup de fils barbelés retient prisonnier, cette prison niée par un idéal politique qui au nom de la liberté et de l’égalité fraternise avec l’ennemi signe un pacte avec l’infâme, le trahit pour mieux enterrer la hache de paix, gagner la guerre en secret, et te promet démons et merveilles avec un principe simple : il enferme ta gueule, rend unique ta pensée contrôle ce que tu vois dirige ce que tu entends et si tu as le bonheur d’être différent, la dernière chose que tu posséderas ce sera 50 balles dans le corps lors d’un procès d’exécution que des militaires en col Mao t’auront envoyées en t’appelant « Camarade ». Il n’est pas tombé ce symbole ce symbiote d’un despote communiste hors du commun, qui par une sale nuit d’été s’est érigé en plein secret….cette nuit où le cœur d’une ville s’est fendue en deux, où la mère patrie a accouché d’un enfant à 2 têtes…cette nuit où le monde s’est dit « on vient d’éviter le pire et le pire est à venir ». Il n’est pas tombé cet appendice de ciment gardé comme un trésor par des soldats tirant à balles perdues sur la veuve et l’orphelin épris de l’envie de s’évader de cette prison sans remise de peine, cette prison de haine gardée par des petits soldats en guise de geôliers, les jouets d’un dictateur capricieux qui joue à la démocratie sans en connaître les règles et qui considère comme triche celui qui refuse de jouer avec lui…cette prison de fer, ce placard cet enfer ce chaudron à misère envers et contre tout le reste du monde au regard impassible, tétanisé de revoir un missile menacer de ré-ouvrir les plaies d’une guerre dont on ne guérira jamais, effrayé de réchauffer la froideur de l’hypocrite entente cordiale entre libéralisme et dictature,  terrorisé à l’idée de tenter l’acte complètement sensé et juste de fissurer cette honte, d’en faire tomber une miette et de faire sonner de part et d’autre du monde un téléphone rouge dans lequel l’un des orateurs dira d’une voix paisible « cette fois, j’y vais ». Apeurés par le passé, malgré toutes les tentatives les épris de liberté et leur esprit d’initiative, préférant ne pas être libres que rompre le pas et l’équilibre entre guerre froide et guerre juste…Ne rien tenter pour ne pas tenter le diable. L’amour est mort et le mur non. Il n’est pas tombé.

 

Nous sommes tombés, nous, enfants de la résistance nés dans la poussière de deux guerres armées de terre, nous les résistants, les kamikazes de l’orient défendant des valeurs ancestrales, des valeurs en cristal qui se fissurent à la moindre crise, et qui donnons notre vie pour éviter l’empire, le pire étant toujours à venir dès qu’un extrême se lève à l’est pour plonger l’ouest dans une nuit sans fin. Nous sommes tombés nous les hommes en nombre les âmes de l’ombre, ce souffle secret qui en apparence fait ce qu’ils demandent et sous le manteau deale de l’info, du réseau, s’organise en milice, nous les grains de silice prêts à faire dérailler une chaîne bien trop huilée à notre goût, nous qui quand vient la nuit nous éveillons, qui codons vos désirs les plus chers et exhaussons vos vœux salutaires : nous nous rebellons pour vous offrir un moment d’espoir, nous saignons pour que vous soyez fiers de vos cicatrices et nous mourrons pour que vous puissiez donner un sens à votre vie. Nous sommes tombés nous les méchants quand le gentil est en fureur, nous le fléau de l’injuste hissant un pavillon noir quand l’étendard  est blanc et hissant un drapeau blanc quand l’étendard est enfin vide, nous, nés libres dans un pays libre, prêts à accuser les coups de colère à quiconque prétendra le contraire, nous les régisseurs de notre pays prêts à plonger dans le noir l’orateur qui aura le malheur de se jouer des spectateurs pour mieux les exécuter et leur imposer ad vitam  un drame pas très république….Nous donnons notre sang pour tâcher le drapeau unique, conspirons haut et fort, pour mettre l’invisible en lumière et décrypter la dictature pour la décoder et la rendre claire à vos yeux. Un acte de notre part c’est un rempart en moins entre toi et un état de grâce trente glorieuses, une année folle de 100 jours qui te fera sourire, qui te fera redécouvrir une vie qu’un homme au bras un peu trop levé t’a volée sans remord en te coupant le tien…car au bout il y a la main qui te permet de voter, il y a la nôtre au poing fermé et prêt à s’exploser contre un mur pour voir lequel des deux saignera en premier. Mais malgré tous nos coups de colère nos coups de sang nos coups de sens nos contrecoups joués coup par coup sur le grand échiquier du règne sur lequel nous étions fous de penser qu’au prochain tour nous allions devenir des cavaliers solides comme un roque…le roi a fait mat, nous sommes redevenus des pions damnés sur un damier monochrome…fatigués d’un combat inégal, nous sommes tombés d’avoir trop lutté contre le mal.

 

Vous êtes tombés vous les politiques, les présidents de rien, les ministres de tout ce dont on se fout, nous, le peuple à qui vous devez justement tout et à qui vous ne donnez rien, à qui vous devez serment d’électorat, à qui vous avez promis des mensonges et omis de dire des vérités, vous, élus de la parole en l’air, prenant le parti d’en diriger un alors que vous ne servez que vos propres intérêts : celui de l’évolution d’une carrière qui prendra son envol dans la chute de l’avion que vous quitterez en plein crash sauvés par un parachute doré qui vous garantira une retraite économique, et la pseudo fierté de nous avoir fait avancer…vers le chaos certes, mais avancer quand même. Et bien vous êtes tombés à force d’être faux, à force d’être fous, à force d’être focalisés sur les mensonges vous oubliez la vérité, à force de nous trahir vous oubliez les promesses balancées en liasse durant les jours des liesses pré-électoraux, où les pectoraux remplis d’air et de paroles, paroles, paroles, vous nous faisiez rêver à coup de phrases chocs de slogans pop rock, de changements imminents pour un pays plus fort, promettant que tout peut être possible quand on prend le pouvoir car vous, la voix du peuple avez trouvé la solution : un vote juste, pour vous, vos amis…et nous pauvres moutons allons élire des gens qui ne nous aideront pas, amnésiques des mains serrées, des débats anaphoriques et des promesses tendues…Vous êtes le peuple élu, nous sommes le peuple déchu. Et bien vous êtes tombés de ne pas avoir écouté nos cris de détresse dans une crise de tristesse, vous êtes tombés parce qu’à force de ne pas nous aimer, vous nous avez poussés dans les bras de l’amant, nous poussant à la faute d’aimer le mal, le parti qu’il ne faut pas aimer, celui pour qui faut pas voter, celui qui hait, déteste et qui hélas, est le seul à tenir ses promesses : la dictature. Qui sème le vent récolte la tempête, et qui sème le néant récolte les « peut-être », qui sème le rien récolte l’extrême droiture ou l’extrême crochet du gauche qui mettra K.O. ce en quoi vous croyez vraiment, et qui est tombé un matin de printemps où vous ne faisiez encore une fois que visiter un pays à la recherche d’une énième alliance, alors que celle de votre mariage avec nous est au fond d’un long fleuve qui vous servira de papier peint dans votre prochaine affiche électorale. Vous étiez notre espoir, vous ne l’avez pas été créant une faille dans la confiance où le mal s’est immiscé…Il suffisait que vous fassiez ce pour quoi nous vous avons choisi. Votre unique tâche non accomplie. Il n’est pas tombé. Vous : si.

 

Ils tomberont.  Refusant ce passé décomposé bien trop présent à l’indicatif, trop imparfait dans sa forme, ne pouvant aboutir qu’au futur simple prônant l’impersonnel, je tente un essai plus que parfait et participe à notre mise en conditionnel, pour l’affirmer : ils tomberont….et ça, ils le savent ! Notre prison dans ce mur et dans ce mur leur potence, le potentiel du peuple dans la corde de leur pénitence, et comme bourreau dieu sait qui, car marquer l’histoire en 20 ou 30 années meurtries a un prix : la mort ! Lapidés par les mots d’un monde en colère qui effacera la tombe le cercueil la veuve la pierre, et l’orphelin qui n’aura pas d’autre choix pour exister que de se cacher et de renier dans mille prières : «  notre père cet ambitieux, que ton nom soit crucifié ». Ils deviendront de la poussière écrite dans un livre d’histoire, une silhouette dans des reportages, des métaphores utilisées dans les tubes catholiques, quelques indisciples attendront le retour d’un nouveau gourou, l’un d’entre eux…ceux dont on ne prononce pas le nom car ils sont les méchants de notre Histoire, et on le sait, les méchants, ça meurt toujours à la fin. C’est pour ça qu’ils tomberont. Parce qu’ils commettront leur dernier impact, le pacte de trop, l’acte final le mot la guerre le coup de colère, un acte amer impur pour une fois sincère avec leur vrai nature…Attendre que Dieu se fasse saigner pour montrer qu’il n’est qu’un homme basique, attendre qu’ils attaquent l’allier de trop pour montrer qu’ils ne sont qu’en somme que des gamins pathétiques. Cette faille dans leur cœur d’âme mûre, nous l’attendons et nous nous infiltrerons pour provoquer la crise cardiaque explosant le bloc, pour être le cancer de leurs cœurs de pierre que nous garderons en hyper trophée de notre victoire…une fois leurs cœurs de pierre tombés, leurs murs suivront et tous les autres. Ils tomberont parce qu’ils n’ont pas compris qu’on prie dans le silence mais qu’on vit dans le bruit et la lumière, que même dans la plus grande misère l’homme est fait pour vivre heureux, pour construire, détruire, tester goûter écouter sentir dormir mourir, nous ne voulons pas que le monde s’arrête de tourner ni par une révolution le faire tourner dans l’autre sens…être le centre de l’univers est le rêve d’une poignée de dictateurs austères mais nous...n’aspirons qu’à une réalité : vivre heureux et ne rien regretter. Ils tomberont d’être notre obstacle entre nous et la vie, et s’ils ne sont pas le nôtre, ils seront bien l’obstacle des suivants, ceux qu’on regarde dans nos bras en se couchant, ceux pour qui on voudrait tellement que ce soit autrement, et si nous n’y arrivons pas, ils le feront, car ils apprendront de nos peurs de nos défauts de nos erreurs et ils en auront peur…la peur est une faiblesse, une faiblesse est une faille…une faille dans un mur et il explose. Ils exploseront un jour de ne pas avoir compris la chrono-logique du monde dans lequel on vit, de ne pas avoir vu que moi, artiste, toi, le peuple, lui, le mur, nous, les résistants, vous, les politiques et eux, les dictateurs faisons partie d’un schéma sans fin fait 2000 ans durant et que feront nos enfant : la vie. Ils tomberont un jour…car c’est ainsi.

 

 

 

 

.S

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